Tout est calme. Je suis dans mon lit, je lis. Il est là, à côté. Il ferme son livre. Je sens qu’il attend, il fait la tête, encore. Je sais ce qui va se passer, je suis sur la défensive,
j’attends aussi. Et il me dit " mais pourquoi tu ne prends jamais d’initiative"? Depuis 20 ans "
Un bref éclair où je sais que ce n’est pas vrai.
Mais je me sens aussitôt glacée, paralysée, prostrée. J’ai peur. Je me retrouve petite fille. J’ai peur qu’elle ne m’aime plus, ma mére, j’ai peur de ne pas l’aimer, ma mére. Je me sens incapable
de lui répondre à lui. Ma seule réponse, me glisser dans ses bras et faire l’amour avec lui.
Une fois fini, je me sens mal, sale. Lui semble bien.
Il agit ainsi depuis 1 an et demi à deux ans après qu’on est aménagé ensemble. Il me l’a dit «tu te rappelles la première fois qu’on en a parlé? C’était à O, j’avais fait la tête toute la
matinée. Toute la matinée? J’ai douté toute la matinée du pourquoi il boudait, j’ai du imaginer certainement le pire. Mais pas c pire là. Je suppose car je n’en ai aucun souvenir de cette
première fois.
Aujourd’hui, j’ai compris ce qu’il voulait, c’était le contraire qu’il me demandait, surtout ne prends pas d’initiative. Parce que quand je le désirais, je prenais des initiatives, il n’était
plus maître du jeu, je n’étais plus là que pour lui. Alors il me mettait dans cet état de petite fille apeurée par sa mère et alors il devenait le maître. Oh, il ne me demandait rien de spécial,
juste de prendre les initiatives, de décider des caresses, des gestes, des postures, du début, de la fin.
Juste avant de réagir, de sursauter pour vivre, avant ma dépression, j’avais l’impression de non pas faire l’amour, mais d’utiliser son corps pour me masturber, et qu’il était dans la même
disposition. Pas de partage, juste la recherche de l’orgasme. Je pleurais souvent après, sans vraiment comprendre pourquoi.
Puis, pour être sure de jouir, je me suis mise à me masturber. Au moins j’atteignais l’orgasme. Il avait l’air d’apprécier. Mais cette sensation d’utiliser le corps de l’autre pour se masturber
est encore plus grande. Mon malaise grandit.
Puis vient la période de l’alcool. Il se met à boire de plus en plus. Je le suis parce que ça m’anesthésie en particulier pendant ces moments là, ça m’empêche de penser que je n’en ai pas envie,
ça me permet de le faire pour qu’il ne fasse pas la tête. Mais alors je suis encore plus entièrement à ses désirs à lui. J’arrête de boire trop.
L’alcool et l’amour ne fait pas bon ménage. Il a une odeur particulière que je déteste, de pire en pire. Je n’ai plus envie de lui. Mais il est violent verbalement, il boude toute la journée, il
s’en prend aux enfants. Il nous fait vivre un enfer, alors je cède. Mais très vite, il ne peut pas continuer, il débande, s’énerve, veut y arriver, s’acharne. Je n’ose plus bouger, je pleure de
ce qu’on est devenu, de ce qu’on fait, de ce manque d’amour, de cet échec renouvelé. Il renonce, il est en colère, on se dispute des heures, il crie, il hurle, il postillonne, puis une fois
calmé, il pleure sur lui et s’endort enfin.
Moi, je ne dors pas.
J’ai compris aujourd’hui que ce qu’il me demandait était de ne pas prendre d’initiative lorsqu’on faisait l’amour. Mais comme il me reprochait l’inverse, cela me semblait incohérent,
incompréhensible et je me sentais coupable de ne pas être assez amoureuse. Alors j’allais au devant de ses désirs, pour être enfin une femme, câline, amoureuse. Mais je ne l’étais jamais puisque
ce n’était pas cela qu’il me demandait.
J’ai vécu 25 ans avec lui…
Il vocifère, il crache, il est debout, je suis couchée sur le canapé.
Je n’entends plus ce qu’il dit. C’est comme au cinéma muet, lui, la bouche grande ouverte, avec des postillons qui lui sortent de sa bouche. Il crache sa souffrance, sa colère, l’alcool qu’il a
bu.
Les enfants sont là-haut. La ville entière doit l’entendre.
J’ai peur pour les enfants, j’ai honte de les savoir seuls et apeurés.
Mais je ne bouge pas.
Il vient prés de moi, tape sur l’oreiller, à 5 cm de ma tête, fort, en hurlant. J’ai peur pour moi.
Tout à coup, il se calme, allume une cigarette, s’assoit en croisant les jambes et me dit « je vais mettre les choses en règle, je vais prendre ta voiture, on te dira où je la laisserai ». Il
monte. Je l’entends aller sur l’ordinateur, aller et venir dans notre chambre.
Puis il s’en va.
J’ai peur, que dois-je faire ? L’appeler ? Prévenir la police ? Prévenir son ami ? Il est saoul, il est dangereux.
Mais il m’a tellement fait le coup du suicide, que je n’ai pas envie de réagir. Je ne sais pas quoi faire, j’ai mal, je le hais, je suis en colère contre lui, j’ai sommeil, je ne dors plus depuis des mois à cause de ses crises les nuits.
Et je m’endors.
Un moyen de ne pas devenir folle.
Une heure après, il m’appelle sur mon téléphone portable. « tu as réfléchis ? tu maintiens ta volonté de me quitter » « oui, je maintiens ». Une heure plus tard, il est de retour.
Je pars me coucher dans mon lit.
Le matin, je me lève, je m’occupe des enfants, comme d’habitude. Il n’a jamais été là finalement. Les enfants vont à l’école, je pars au travail.
Il m’appelle au tel, me supplie de ne pas l’abandonner. Il n’a pas dessoûlé, il est ivre d’alcool, de colère, de douleur, de chantage, de mauvais foi, de perversité. J’écoute les messages qu’il me laisse, sur le quai du RER. Je suis malade. Je coupe mon téléphone.
Je suis en réunion toute la matinée, je laisse mon portable dans mon vestiaire.
Dés la sortie de ma réunion, un collègue me prévient que M. m’a téléphoné. Comme je ne répondais pas, il a prévenu M. qui a fait venir notre médecin de famille. Il a accepté d’être hospitalisé
dans le service psy d’urgence. Il y reste 3 semaines, puis rentre une semaine pour Noel et ensuite part se désintoxiquer.
Mille fois je suis restée sans voix.
Mille fois je suis restée figée
devant ton regard courroucé.
Mille fois je t'ai craint,
clouée sur place
... par ton regard de glace.
Mille fois j'ai réprimé mon chagrin.
Je me suis tue...
le coeur en désarroi.
Mille fois je suis restée sans voix,
j'ai ravalé ma rage
pour avoir l'amour en partage,
mais, le silence gonflait mon désarroi.
Mille fois je me suis tue
devant ton refus,
le coeur plus lourd
de jour en jour.
Mille fois tu m'as répété
de ne pas te déranger.
Mille fois comme du venin,
cette phrase faisait son chemin
et rendait mon coeur de plus en plus en chagrin.
Mille fois tu m'as repoussée.
Je me suis sentie dévastée.
Ton regard furieux me transperce.
Mon coeur bat la chamade
en attendant l'estocade.
Tu me mets à mort
comme un agneau sans défense,
à qui il ne restera que l'errance.
Milles fois je me suis tue,
contenue par l'espoir...
mue par ce besoin
jailli de mon sein
... m'approcher de toi
reposer ma tête sur ton sein
... tout mon être en a besoin...
Mais tu sèmes le désarroi
en te détournant de moi.
Le coeur chagrin,
je m'abîme en mon sein.
Tu me tues
par tes refus.
Le soleil, la douceur,
ont soudain un goût a-mère.
Tout est sans attrait dans mon univers.
Mille fois je suis restée sans voix,
jusqu'à l'abattement total
dans ce désert glacial,
jusqu'à souhaiter la mort...
pour échapper à mon triste sort...
totalement dévastée
ma voix reste sans portée,
ensevelie sous le poids du désarroi.
Le coeur et la chair en lambeaux
mourir comme un agneau,
comme une bête écorchée.
Mourir enfin,
immolée par ton venin.
Les coups ont porté
je suis atterrée.
Un voile opaque
me sépare du monde.
Tout est obscur et ténébreux
je suis coupée de ce monde insensé.
J'ai baissé les bras,
mon corps avait soif de toi.
Je m'éteins
le coeur chagrin.
Tu me refuses ton sein,
je plonge dans un gouffre sans fin.
Assaillie d'un vertige
mes sens se figent.
Incapable de comprendre mon émoi,
je vacille coupée de toi,
... tout se voile et l'esprit confus
complètement déboussolée par tes refus,
je perds pied...
je suis désemparée.
La peur, la terreur et le froid
soudain s'emparent de moi.
Tout bascule.
Ma vie vole en éclats
sous le son de ta voix
«Achale-moi pas».
Je perds pied.
Où me mènent mes pas,
si ce n'est vers toi?
Atterrée, déboussolée,
désormais je vais porter ma rage
comme un ours en cage.
Ma vie a changé de cap,
je pleure et je meurs sous cape.
Une longue errance
entrecoupée d'extravagances:
je cherche ma voie,
coupée de ma voix.
Que je cris, que je hurle,
mon sein toujours brûle.
Mon cri reste sans empathie,
les gens autour je meurtris
et de plus en plus je m'aigris,
coupée de ma voix,
en cherchant ma voie.
Restée sage, je bouts de rage
j'ai colporté ton venin:
Tu m'as donné la vie
et tu l'as nourri de mépris.
J'ai semé à tout vent
comme un germe de mort,
le sperme de mon tourment
pour te mettre à mort.
............
Pour mettre fin à l'errance
de l'agneau sans défense,
pour libérer l'ours en cage
et continuer le voyage,
je cherche terre et asile
pour reprendre pied,
pour retrouver ma voix.
Je cherche une terre fertile
capable de me porter.
Une terre où les cris de l'ours en cage
pourront faire bon ménage
avec les pleurs de la brebis sans défense
pour mettre fin à l'errance,
et redonner vie à l'agneau immolé.
Une terre fertile pour sortir de l'exil.
Une terre qui accueillera mes vers,
peut-être malhabiles
mais jamais futiles,
Une terre pour me libérer de toi ma mère,
et apaiser enfin mon tourment.
Voici la complainte, maman
de l'enfant qui s'est tue.
Au-delà du silence,
enfin m'entendras-tu?
Maman
.......................
Louise
2 avril 1999
La foudre frappe et la pluie tombe, le vent apporte les nuages,
mais la guerre ce n'est pas le vent qui l'apporte au monde.
La Paix exhale ses vapeurs dans l'ivresse du printemps,
le ciel se fait haut et calme.
Peuples vous êtes vous mêmes le destin du monde
Souvenez vous de votre force !
Ils sont quelques uns qui possèdent l'âne
et la charrue n'offre pas d'intérêt pour eux,
et rien n'est suffisant pour eux.
Ils comptent les hommes, ils comptent l'argent,
et la guerre est au bout de ce calcul.
Peuples vous êtes vous mêmes le destin du monde
Souvenez vous de votre force !
Mère ! il s'agit de ton enfant à toi, défends toi, ne permets pas cela.
Nous les millions d'hommes, serons nous plus puissants que la guerre ?
C'est le grand choix qui s'offre à chacun.
Et si nous disons tous non !
Alors la guerre sera la paix et la paix l'avenir.
Peuples vous êtes vous-mêmes le destin du monde Souvenez vous de votre force !